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L’incertitude liée à la guerre commerciale reste forte notamment sur les perspectives d’inflation américaine.
*Par Zouhoure Bousbih, Stratégiste pays émergents chez Ostrum Asset Management*
Les tarifs douaniers américains sont sur un plus haut depuis la fin de la seconde guerre mondiale !
D. Trump a augmenté les tarifs douaniers moyens sur les produits étrangers à 17,3%, soit un plus haut niveau depuis la fin de la seconde guerre mondiale ! Pour l’instant, cette augmentation ne s’est pas répercutée sur les prix à la consommation à cause des stocks élevés (achats par anticipation des tarifs) et de l’absorbtion des tarifs par les entreprises américaines. Cette tendance pourrait cependant rapidement s’inverser à l’image du rebond de l’indice des prix à la production pour le mois de juillet à 3,7% GA, soit le plus haut niveau depuis mars. Les entreprises étrangères devraient augmenter leurs prix en répercussion des tarifs au risque de perdre des parts de marchés . Les entreprises les plus exposées au marché américain seront les plus pénalisées.
D’autre part, les tarifs sont élevés à un taux de 50% pour l’aluminium, l’acier et le cuivre. En août, l’administration américaine a surpris en élargissant la liste des importations d’aluminium et d’acier soumises à ses droits de douane de 50% à 400 produits dérivés comprenant les grues mobiles, les poussettes pour bébé, les pièces de moto, des extincteurs ainsi qu’aux pièces de matériel d’électroménager. La liste de produits dérivés du cuivre pourrait également s’élargir. Cette décision risque de provoquer des distorsions sur les chaines de production américaines, créant des penuries alimentant les pressions inflationnistes.
L’Europe doit utiliser sa règlementation encadrant son secteur numérique comme arme de négociation.
Le deuxième point concerne les menaces de tarifs douaniers supplémentaires pour les pays « discriminant » les entreprises de technologie américaines. L’Union européenne (U.E) est particulièrement visée à cause de ses mesures encadrant son secteur numérique. Cependant, c’est aussi un de ses atouts majeurs dans les négociations car la balance commerciale bilatérale entre les Etats-Unis et l’U.E. présente un excédent sur les services. Lors de l’accord commercial signé le 25 juillet dernier, les Européens avaient rétiré toutes les mesures coercitives ciblant les produits américains en contrepartie d’un taux de tarif de 15% sur l’essentiel de leurs produits. L’U.E. renoncera-t-elle à son puissant levier de négociation et permettra-t-elle à D. Trump de réussir son projet économique là où il devait échouer ?
Le taux du swap d’inflation américain à 2 ans a atteint 3%, soit un plus haut depuis septembre 2022 !
La tension est montée d’un cran autour de l’indépendance de la Fed lorsque D.Trump a essayé de limoger la gouverneure Lisa Cook avec « effet immediat ». S’il y parvenait, cela marquerait la fin de l’indépendance de l’institution monétaire vieille de 111 ans. D. Trump compterait alors 4 membres du conseil des gouverneurs de la Fed décidés à baisser les taux. Cela soulève également des interrogations sur l’adhésion de ses membres au mandat dual de la Fed dont les deux objectifs sont l’emploi et l’inflation.
La Maison blanche cherche également un moyen de rendre plus influents les 12 Fed regionales, étant donné que 5 des 12 présidents votent au FOMC. Tous les cinq ans, les présidents des 12 Fed régionales sont soumis à l’approbation du Board. La prochaine revue d’approbation est prévue au premier trimestre 2026. Le mandat de J.Powell se termine en mai 2026.
Les menaces grandissantes sur l’indépendance de la Fed ont alimenté les anticipations d’inflation qui sont venues s’ajouter à celles concernant le déficit budgétaire. Ainsi, le taux du swap d’inflation américain à 2 ans a atteint 3%, un plus haut depuis septembre 2022, lorsque l’inflation américaine était supérieure à 8% et que la Fed avait relevé ses taux d’intérêt pour la combattre.
Malgré le cycle d’assouplissement monétaire mondial, les taux d’intérêt de long terme ont continué d’augmenter entrainant une pentification des courbes des rendements obligataires souverains dans les principales places monétaires. Cela reflète la prime de risque demandée par les investisseurs liée à l’augmentation des risques budgétaire et inflationniste.
La pentification des courbes de rendements souverains reflète la prime de risque liée à l’augmentation des risques budgétaire et inflationniste.
Au Japon, la perspective d’importantes émissions de dette ainsi que les craintes inflationnistes ont pesé sur la partie longue de la courbe des taux. Le taux d’intérêt à 30 ans nippon a grimpé à 3,2 %, soit un plus haut depuis 1999. Les investisseurs institutionnels nippons qui avaient pris l’habitude d’investir massivement à l’international à cause de leurs taux d’intérêt à 0%, devraient dorenavant privilégier leurs emprunts d’Etat, ce qui pourrait provoquer des distorsions sur les marchés obligataires internationaux.
Les taux d’intérêt de long terme britanniques sont au plus haut depuis 1998 à l’image du taux à 10 ans à 4,75%, le plus élevé parmi les pays majeurs, reflétant la persistance de l’inflation mais également le risque politique.
En Europe, la situation budgétaire française revient sans surprise sur le devant de la scène. Le vote de confiance du 8 septembre demandé par le Premier ministre F. Bayrou au Parlement risque de plonger la France dans une crise politique profonde. Le spread OAT/Bund s’est écarté à 82 pdb atteignant les plus hauts d’avril, proche du pic de 88 pdb atteint avant la chute du gouvernement Barnier en décembre 2024. Le taux d’intérêt à 30 ans a atteint 4,42%, soit un sommet depuis 2011. Le spread OAT/BTP à 10 ans a atteint 6 pdb reflétant des coûts d’emprunt de l’Etat français supérieurs à ceux de l’Italie sur les marchés de capitaux. La priorité pour le gouvernement est d’abord d’éviter une crise politique plus profonde comme une autre dissolution afin de pas exacerber les pressions sur sa dette, puis dans un second temps un abaissement de la notation souveraine par les agences de notation dont deux Fitch (12 septembre) et S&P (28 novembre) ont déjà attribué une perspective négative menaçant de porter la note à A+ au lieu de AA- actuellement.
La politique aggressive de D. Trump a conduit de nombreux pays émergents à renforcer leurs coopérations économique et financière avec la Chine. La Chine est frappée par des tarifs douaniers américains de près de 50%, et cherche donc à diversifier ses partenaires commerciaux et ses fournisseurs.
La croissance des exportations chinoises vers l’Afrique a dépassé celle vers d’autres régions en 2025 !
La Chine a diversifié rapidement ses partenaires commerciaux afin de compenser la perte de ses parts de marchés aux Etats-Unis. Les entreprises chinoises ont ciblé l’Afrique. La croissance des exportations chinoises vers le continent de 25% GA, soit 122 milliards de dollars a dépassé celle vers d’autres régions en 2025. Le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Egypte sont les principales destinations de ses exports vers le continent. L’Afrique représente 6% des exportations totales chinoises, soit la moitié de la part des Etats-Unis mais celle-ci-devrait rapidement augmenter. Les pays africains sont incités à acheter des produits chinois car les tarifs douaniers pour plusieurs pays ont été réduit à 0% afin de leur ouvrir le marché intérieur chinois tout en répondant à leurs besoins importants d’infrastructure. C’est également un moyen pour la Chine d’écouler ses surcapacités de production vers le continent comme les panneaux solaires dont les imports ont bondi de 60 % GA. La coopération est également financière. Le Kenya négocie également avec les autorités chinoises pour convertir sa dette libellée en dollars en yuan et prolonger la période de remboursement, lui permettant de réduire ainsi les 1 milliard de charges de la dette qu’il dépense chaque année pour rembourser la Chine. Le Kenya a une dette de plus de 5 milliards de dollars avec la Chine, l’échange de sa dette en yuan permettrait de réduire de moitié les intérêts et dégager des marges de manœuvre budgétaires.
L’Inde, principal allié de Washington contre la Chine cherche prudemment à renforcer ses liens avec Pékin depuis le doublement des droits de douane américains à 50% pour la punir d’importer du pétrole et du matériel militaire russes. Le Premier ministre indien ira pour la première fois depuis sept ans rendre visite à Xi Jinping la semaine prochaine en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Les échanges commerciaux entre les pays d’Asie centrale est la Chine s’élevaient à 94 milliards de dollars en 2024, dépassant largement ceux vers l’Union européenne ou la Russie.
L’impact des droits de douane sur l’économie indienne est considérable, les Etats-Unis étant son premier marché d’exportation avec 86,5 milliards de dollars par an, dont les deux tiers sont soumis à de nouveaux droits de douane allant du textile à la bijouterie. L’Inde et la Chine devraient discuter d’une reprise de leur commerce bilatéral après cinq années d’interruption à cause d’affrontements militaires à leur frontière.
La guerre commerciale et les menaces sur l'indépendance de la Fed créent un climat d'incertitude pour les marchés financiers susceptibles d’augmenter la volatilité qui était sur des plus bas de l’année. Alors que les États-Unis adoptent une politique protectionniste, les marchés émergents, paradoxalement, renforcent leur coopération économique et financière, cherchant des alternatives et diversifiant leurs échanges, notamment avec la Chine. Cette dynamique pourrait redéfinir les relations commerciales mondiales, tandis que les enjeux internes, comme la situation budgétaire en France, ajoutent une couche supplémentaire de complexité à un paysage économique déjà instable.