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Les résultats spectaculaires de Nvidia n’ont pas suffi à enrayer une inquiétude plus profonde : l’essoufflement du consommateur et de l’investisseur américain.
Le point hebdo de La Financière de l'Echiquier (LFDE) daté du 24 novembre 2025, par Enguerrand Artaz, gérant
Les marchés américains ont subi un renversement brutal malgré l’euphorie autour de Nvidia.
Le consommateur américain montre des signes de faiblesse sous l’effet de l’inflation persistante, du marché de l’emploi et des remboursements de prêts étudiants.
L’investisseur particulier, moteur majeur des marchés actions ces dernières années, se replie, ce qui pourrait modifier durablement les flux boursiers.
Nvidia n’aura donc pas suffi, malgré ses résultats stratosphériques, le discours très confiant de son CEO et l’enthousiasme de ceux qui suivent le secteur. Au lendemain de la publication du géant des puces électroniques, portés par la hausse de 5% du titre à l’ouverture, les marchés américains ont démarré la journée du 20 novembre 2025 en trombe. Avant de la finir dans le rouge vif, subissant ainsi le plus gros renversement de tendance en une journée depuis le Liberation Day et, avant cela, depuis le Covid.
Si les doutes grandissants planant sur la sphère de l’IA, des valorisations au financement des dépenses d’investissement, constituent la toile de fond du récent recul des marchés, cela cache peut-être d’autres dynamiques sous-jacentes. En particulier, l’essoufflement apparent du particulier américain, tant comme consommateur que comme investisseur. Côté consommation, les récentes déceptions sur les résultats du distributeur discount Target et du groupe de magasins de bricolage Home Depot ont de nouveau souligné la santé fragile de la demande. Elles font écho aux déboires de la chaîne de fast-food Chipotle, qui pointait elle aussi une baisse des dépenses des ménages.
« Le maintien d’une inflation relativement élevée… autant de vents de face qui incitent les Américains à moins sortir le portefeuille. »
Plusieurs éléments sont mis en avant pour expliquer cet essoufflement : le maintien d’une inflation relativement élevée – qui est même en réaccélération sur les biens de consommation –, l’affaiblissement de l’emploi, la reprise depuis le début de l’année des remboursements des prêts étudiants… autant de vents de face qui incitent les Américains à moins sortir le portefeuille.
En Bourse aussi, les particuliers paraissent moins enthousiastes. Puissants soutiens des marchés ces dernières années, toujours présents pour racheter dans la baisse, ils semblent aujourd’hui à bout de souffle. En effet, parmi les performances les plus négatives des dernières semaines, on retrouve tous les thèmes favoris des traders individuels : crypto-monnaies, titres liés au Bitcoin, entreprises technologiques non profitables… le tout sur fond de ventes de produits à effet de levier, en particulier des ETFs, instruments plébiscités par l’investisseur particulier américain.
Difficile de trancher la question de la poule et de l’œuf, mais il est certain que les deux casquettes que portent les ménages américains, consommateurs et investisseurs, sont étroitement liées. Il y a fort à parier qu’au fur et à mesure que leur capacité à consommer s’érode, les Américains voient leur capacité à investir sur les marchés se détériorer à l’avenant. Inversement, la baisse des marchés actions et des crypto-monnaies n’est probablement pas sans conséquence sur les intentions de dépenses, tant le rallye boursier des dernières années a été un carburant puissant – via l’effet richesse – pour soutenir la consommation des ménages.
Du point de vue boursier, la santé du particulier américain n’est pas un sujet anodin. Alors que les investisseurs fondamentaux sont peu enclins à investir massivement, compte tenu des niveaux de valorisations, et que les fonds systématiques ne font guère qu’amplifier les mouvements à la hausse comme à la baisse, les investisseurs individuels ont souvent constitué la principale force acheteuse. Leur affaiblissement pourrait ainsi constituer un vrai changement dans les dynamiques des flux de marché.
« À court terme, c’est peut-être davantage du sort du particulier américain dont il faut s’inquiéter. »
Si l’écosystème de l’IA cristallise, à raison, nombre d’inquiétudes et d’interrogations il s’agit d’un sujet de moyen ou long terme. À court terme, c’est peut-être davantage du sort du particulier américain dont il faut s’inquiéter. Cela implique de porter plus que jamais une grande attention au principal déterminant de la santé des ménages : l’emploi.