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Portée par une demande intérieure vigoureuse, des réformes structurelles profondes et une inflation exceptionnellement basse, l’économie indienne confirme son statut de moteur de.
Portée par une demande intérieure vigoureuse, des réformes structurelles profondes et une inflation exceptionnellement basse, l’économie indienne confirme son statut de moteur de croissance mondiale. Une dynamique qui nourrit l’optimisme des investisseurs malgré des vents contraires extérieurs.
Une analyse de Jupiter Asset Management datée de décembre 2025, par Avinash Vazirani, gestionnaire d'investissement Indian Equities, et Colin Croft, Investment Manager Indian Equities
Une croissance trimestrielle de 8,2 % confirme la position de l’Inde comme grande économie à la croissance la plus rapide de la dernière décennie.
La faiblesse de l’inflation permet une politique monétaire très accommodante, favorable aux bénéfices réels des entreprises.
Les réformes fiscales et du droit du travail posent les bases d’une croissance plus durable et moins dépendante des exportations.
L'expansion économique rapide de l'Inde se poursuit sans relâche, portée par une forte demande intérieure, des réductions d'impôts, une politique monétaire de soutien et l'élan impulsé par les réformes.
La publication des dernières données¹ a renforcé davantage la position de l'Inde en tant qu'économie majeure à la croissance la plus rapide de la dernière décennie. L'expansion robuste de 8,2 % au cours du trimestre s'achevant en septembre, soit le rythme le plus rapide en six trimestres, a surpris de nombreux observateurs car elle a dépassé les estimations de la plupart des analystes et économistes.
Cependant, pour ceux d'entre nous qui surveillent de près les résultats et la rentabilité des entreprises, cela n'a pas été une surprise. La faible inflation est un facteur important à garder à l'esprit lors de l'analyse de la croissance annuelle des bénéfices des entreprises. Bien que les chiffres de croissance nominale des bénéfices (environ 10 % pour les grandes capitalisations, hors cas exceptionnels) soient inférieurs à ce que l'on pourrait normalement attendre, ils sont excellents en termes réels, car l'inflation a été inférieure d'environ cinq points de pourcentage aux niveaux habituels.
À la suite de la publication des données sur le PIB, la Banque centrale de l'Inde (Reserve Bank of India) a réduit son taux directeur de 25 points de base et a signalé qu'elle disposait d'une marge de manœuvre pour de nouvelles baisses, déjouant ainsi les prédictions selon lesquelles une croissance fulgurante et un affaiblissement de la roupie pourraient freiner d'autres réductions. Cela a été possible principalement parce que l'inflation stagne désormais près de zéro, ce qui contraste fortement avec de nombreuses économies développées qui luttent pour la maintenir sous leurs objectifs de 2 %.
Au total, la Banque centrale de l'Inde a réduit ses taux directeurs de 125 points de base en 2025, ce qui constitue l'assouplissement le plus agressif depuis 2019, favorisé par une inflation désormais bien en dessous de la fourchette cible de 2 % à 6 % fixée par la banque centrale.
L'économie se trouve dans une situation idéale et est bien placée pour capitaliser davantage sur sa dynamique de croissance.
Le Premier ministre Narendra Modi, à la tête du pays depuis 2014, ambitionne de faire de l'économie indienne une nation développée à haut revenu d'ici 2047. La Banque mondiale, dans un rapport publié plus tôt cette année, a déclaré que l'économie devra croître à un taux moyen de 7,8 % au cours des 22 prochaines années pour atteindre ce statut. La récente victoire écrasante du parti de Modi et de ses alliés lors des élections de l'État du Bihar est un véritable coup de pouce pour le Premier ministre et sa volonté de réformes, même si cette victoire n'a pas d'incidence directe sur le fonctionnement du gouvernement fédéral.
Une vague de révisions à la hausse de la croissance pour 2026 a suivi, malgré certains vents contraires tels que le retard dans la finalisation d'un accord commercial avec les États-Unis et les questions persistantes sur les importations d'énergie en provenance de Russie. De son côté, la RBI (Banque centrale) a relevé ses prévisions pour l'année en cours de 6,8 % à 7,3 %. Fitch Ratings a porté son estimation de 6,9 % à 7,4 %, tandis que la State Bank of India table sur 7,6 %.
Certaines mesures fiscales ont également soutenu la croissance. En février, l'Inde a réduit l'impôt sur le revenu des particuliers pour stimuler la consommation, puis a simplifié la Taxe sur les Produits et Services (GST). Sous cette nouvelle mouture de la GST entrée en vigueur en septembre, la plupart des biens sont désormais taxés à 5 % ou 18 %, contre des taux précédents de 5 %, 12 %, 18 % et 28 %. Cela a déjà un impact significatif sur la consommation, particulièrement sur les ventes automobiles. En réalité, l'introduction de la GST lors du premier mandat de Modi a mis fin à des années de querelles entre les États et a dopé les recettes fiscales.
Des changements radicaux dans le droit du travail indien, mis en œuvre récemment, pourraient donner un nouvel élan à la croissance. Parmi ces réformes, on note le relèvement du seuil permettant d'embaucher et de licencier des travailleurs, de délocaliser ou de fermer toute entité sans l'approbation préalable du gouvernement. Ce seuil, qui était auparavant de 100 employés, a été porté à 300. Les restrictions sur le lieu et le moment où les femmes peuvent travailler ont été levées, ce qui pourrait favoriser une plus grande participation des femmes au marché du travail, celle-ci étant actuellement bien inférieure à la moyenne mondiale. Les réformes comprennent également des initiatives visant à étendre la protection sociale aux travailleurs de l'économie à la demande (gig workers).
Le nombre de règles régissant l'emploi a été réduit de 1 400 à 350, ce qui diminue considérablement la bureaucratie et facilite les affaires. D'autres réformes sont attendues dans des domaines tels que la distribution d'électricité et, potentiellement, la consolidation des banques publiques. L'effet cumulé de ces réformes devrait améliorer l'efficacité et, à terme, soutenir une croissance du PIB plus élevée.
Bien que l'Inde ait été confrontée à des vents contraires pour ses exportations, en particulier vers les États-Unis, le pays est davantage tourné vers son marché intérieur que certaines économies d'Asie de l'Est. Le commerce total en pourcentage du PIB est un peu inférieur à 50 %. De plus, les exportations de marchandises vers les États-Unis ne représentent que 2 % du PIB indien, et plusieurs secteurs importants tels que la pharmacie générique et l'électronique sont exemptés de droits de douane. Si un accord se concrétise dans le mois ou les deux mois à venir — et les récents commentaires des responsables commerciaux américains et indiens suggèrent une évolution dans ce sens — cela pourrait être un catalyseur positif pour les marchés, car les flux de capitaux étrangers reprendraient probablement en plus grand volume.
L'Inde est assez différente d'autres pays émergents comme la Chine et la Corée du Sud, qui dépendent fortement des exportations manufacturières et des industries de haute technologie. La nation sud-asiatique possède un vaste secteur des services et une dépendance limitée aux exportations pour stimuler sa croissance, ce qui la rend moins vulnérable à la montée des risques géopolitiques et aux tensions commerciales.
¹ Selon les données publiées le 25 novembre par le ministère indien des Statistiques et de la Mise en œuvre des programmes (Ministry of Statistics and Programme Implementation)