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Alors que le consensus anticipe des prix durablement bas du pétrole et du gaz, plusieurs signaux pourraient venir bousculer ce scénario dès 2026, avec des conséquences majeures sur.
Alors que le consensus anticipe des prix durablement bas du pétrole et du gaz, plusieurs signaux pourraient venir bousculer ce scénario dès 2026, avec des conséquences majeures sur l’inflation, la politique monétaire et les marchés financiers.
Une analyse de décembre 2025 signée François RIMEU, Stratégiste senior Crédit Mutuel Asset Management (Groupe La Française)
Les prix actuels de l’énergie reflètent un excès d’offre largement consensuel, soutenu par la production américaine et les décisions de l’OPEP+.
Plusieurs facteurs pourraient provoquer un retournement haussier : contraintes de rentabilité des producteurs, géopolitique, positionnement extrême des investisseurs et reprise de la demande.
Une hausse soudaine des prix de l’énergie remettrait en cause de nombreuses certitudes macroéconomiques, de la désinflation à la trajectoire des taux.
Les prix de l’énergie sont aujourd’hui faibles, que ça soit le baril de pétrole ou le gaz naturel. Concernant le pétrole, cela se justifie par un marché actuellement en excès d’offre, un excès qui devrait, si l’on en croit les dernières prévisions de l’OPEP¹, de l’EIA² ou de l’IEA³, rester vrai en 2026.
Pour le gaz naturel la logique est similaire et pour les deux marchés, la principale raison est la même : une production américaine qui a été plus forte que prévu tout au long de 2025. Il ne faut toutefois pas oublier les hausses de quota accordés tout au long de l’année par l’OPEP+⁴ qui ont-elles aussi contribué à une production de pétrole plus importante que prévue en début d’année.
Se rajoute à cela dernièrement des avancées quant au processus de « l’arrêt des hostilités » entre la Russie et l’Ukraine et donc d’une probabilité en hausse de voir, à un moment donné, les matières premières russes redevenir « achetables » pour l’ensemble des pays.
Le consensus est de ce fait aujourd’hui assez négatif sur les prix de l’énergie, ce qui a plusieurs conséquences. En premier lieu, cela soutien la conjoncture de tous les pays importateurs nets, c’est-à-dire la quasi-totalité des pays développés et tous les pays de la zone Euro.
Cela soutien aussi la dynamique désinflationniste en cours actuellement, à la fois via les effets directs (l’énergie représente par exemple 10 % de l’inflation Euro) mais aussi indirects. Enfin, cela a aussi des effets importants sur la trajectoire bénéficiaire de quantité de sociétés avec des effets positifs pour le transport ou la chimie par exemple mais aussi, évidemment, des effets négatifs pour l’industrie pétrolière et gazière.
Ce consensus pourrait toutefois être mis à mal et ce pour plusieurs raisons :
Tout d’abord parce que nous approchons des niveaux qui vont grever fortement la rentabilité de certains producteurs américains. En effet, selon les dernières estimations de la Réserve fédérale (Fed) de Dallas, le prix auquel il n’est plus rentable de produire est d’environ 61 Dollar pour les grandes entreprises, et le WTI (West Texas Intermediate ; prix de référence aux Etats-Unis) traite au moment d’écrire ces lignes (le 16 décembre) en dessous de 56 Dollar.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine pourrait se prolonger. Cela ne changerait pas profondément la dynamique actuelle mais cela pourrait faire remonter les cours de 5 à 10%. (Source : Bloomberg)
Le consensus est aujourd’hui très pessimiste et le positionnement des investisseurs très marqué. Les données de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) montrent en effet des positions spéculatives extrêmement faibles à l’heure actuelle.
L’amélioration de la conjoncture mondiale, un dollar faible, des déficits records aux Etats-Unis, le plan de relance allemand et une Réserve Fédérale qui baisse ses taux : C’est un environnement a priori positif pour la dynamique de demande de pétrole et de gaz et historiquement des phases où les prix de l’énergie s’apprécient.
La hausse continue de la demande d’énergie en provenance des data centers devrait se poursuivre. C’est sans doute le risque le plus important à long terme et il ne touchera sans doute pas toutes les sources d’énergie de la même façon. L’EIA (Energy Information Administration) estime que la demande d’électricité en provenance des datas centers devrait doubler à horizon 2 ans pour atteindre 835TWh en 20, soit l’équivalent de la consommation d’électricité du Japon.
Si en Europe les énergies renouvelables pourront probablement suffire à satisfaire cette demande accrue, cela sera sans doute plus difficile aux Etats-Unis. Cela devrait pousser les prix du gaz naturel tendanciellement à la hausse, surtout si des contraintes de capacité concernant la production de ce dernier apparaissent.
En conclusion, si la situation parait aujourd’hui très consensuelle quant au maintien du prix du pétrole et du gaz naturel bas, une hausse soudaine du prix du baril de pétrole mettrait à mal beaucoup de certitudes actuelles : désinflation, baisse des taux de la Fed, consommation soutenue, etc…
Cela aurait probablement comme conséquence une instabilité macro-économique accrue et une volatilité plus forte sur les marchés financiers.
¹ Organisation des pays exportateurs de pétrole, 12 pays membres
² Energy Information Administration
³ International Energy Agency
⁴ Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés (10)