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Crises politiques, scandales à répétition, démographie en berne : tout semblait jouer contre la Corée du Sud.
Crises politiques, scandales à répétition, démographie en berne : tout semblait jouer contre la Corée du Sud. Pourtant, sa Bourse signe une envolée spectaculaire et attire à nouveau les investisseurs internationaux. Derrière cette performance, une transformation en profondeur de la gouvernance et un pari industriel massif sur l’intelligence artificielle.
Le point hebdo de La Financière de l'Echiquier (LFDE) daté du 19 janvier 2026, par Alexis Bienvenu, gérant
Malgré un contexte politique et social extrêmement dégradé, la Corée du Sud affiche une performance boursière exceptionnelle, symbole d’un regain de confiance des investisseurs internationaux.
La réforme de la gouvernance des grands conglomérats et le programme « Value up » ont profondément revalorisé les entreprises coréennes et amélioré leur transparence financière.
Le leadership industriel du pays dans les composants clés de l’IA et ses applications concrètes positionnent durablement la Corée comme un acteur stratégique de la révolution technologique mondiale.
Un président fraîchement destitué risquant la peine de mort ; une tradition de présidents condamnés pour corruption, puis graciés par de nouveaux dirigeants eux-mêmes parfois condamnés à leur tour ; des mastodontes industriels réputés pour leur opacité financière ; une démographie en déclin accéléré ; des manifestations massives à répétition… et pourtant, un marché actions euphorique : + 91% en un an(1) !
Quel autre pays que la Corée du Sud pourrait prospérer financièrement sur la base de conditions aussi adverses ? Comme avec la « K-pop » envahissant les ondes mondiales, la Corée réussit dans le domaine économique un miracle inspirant, malgré ses troubles politiques et sociaux. Comment y est-elle parvenue ?
Premier facteur clé : un Etat qui dirige certes l’économie en profondeur, à coup de plans quinquennaux comme en Chine (ou en France autrefois), mais qui impose également aux entreprises des règles strictes de bonne gouvernance. Ainsi laisse-t-il la justice jouer son rôle lorsqu’elle condamne à répétition des dirigeants corrompus, y compris ceux des plus grands conglomérats nationaux, les chaebols. Par le programme « Value up », amorcé en 2024, il impose même désormais à ces conglomérats des règles de transparence financière et de respect des actionnaires minoritaires allant contre l’intérêt des familles qui les contrôlaient de façon opaque.
La modernisation industrielle de la Corée du Sud, menée à marche forcée à partir des années 60, se mue en une modernisation réglementaire. Résultat : le cours de Bourse des entreprises de l’indice coréen rapporté à leur valeur comptable est passé d’un niveau très bas avant la réforme – 0,8 – à 1,5 actuellement, soit quasiment un doublement de la valeur des entreprises. Les investissements internationaux ont afflué, la détention d’actions coréennes par les étrangers retrouvant ses plus hauts depuis 5 ans. Le Kospi est à la mode autant que la K-pop !
Deuxième facteur clé : la concentration des investissements sur l’IA, dans des segments clés où l’industrie coréenne excelle. Le pays est non seulement devenu le fournisseur mondial indispensable de certains composants, en particulier des mémoires à haute bande passante (HBM) nécessaires aux puces de Nvidia, mais il a l’ambition de devenir un acteur pionnier de l’utilisation de l’IA au sens large.
Au dernier salon d’électronique de Las Vegas, le Consumer Electronic Show, les entreprises coréennes se sont illustrées dans l’IA dite physique, intégrée dans des robots ou des objets. Hyundai a marqué les esprits avec son robot humanoïde Atlas destiné à l’industrie, doté d’une fluidité de mouvement remarquable, tandis que Samsung et LG ont fait des démonstrations d’IA embarquée (on-device) dans l’électroménager notamment. Une de leurs avancées consiste à doter les objets d’IA sans recourir à une connexion internet, ce qui permet de sécuriser les données privées.
Résultat de ces ambitions bien menées : sur un an, SK hynix, leader des mémoires HBM, progresse de plus de 260%, Samsung de 170%, alors que les Magnificent 7 américains se contentent de 23%. Pourtant, ces valeurs ne se payent que 7 à 12 fois les bénéfices de l’année à venir(2), alors que les Mag 7 s’élèvent à environ 30 fois.
Certes, les leaders coréens ne sont pas près de rivaliser en taille ni en prestige avec leurs compétiteurs américains. Mais au regard de leur dynamique exceptionnelle et de leur valorisation somme toute modérée, il y a fort à parier que les stars coréennes continueront de briller longtemps. Autant que BTS et Blackpink ?
Rédaction achevée le 16.01.2026
Disclaimers
Ces données et opinions, ainsi que les valeurs et les secteurs mentionnés, sont fournis uniquement à titre d’information et, de ce fait, ne constituent ni une offre d’achat ou de vente d’un titre, ni un conseil en investissement ni une analyse financière. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
(1)Au 15 janvier 2026, en dollars
(2)Selon le consensus Bloomberg