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Entre l’essor de l’intelligence artificielle et la correction sévère des valeurs logicielles, le début d’année révèle de fortes fractures au sein du secteur technologique.
Entre l’essor de l’intelligence artificielle et la correction sévère des valeurs logicielles, le début d’année révèle de fortes fractures au sein du secteur technologique. Entre inquiétudes structurelles et possibles excès de marché, l’analyse décrypte les dynamiques en cours et leurs implications pour les allocations actions.
Une analyse du Groupe La Française datée du 11 février 2026, par François Rimeu, stratégiste senior
• L’IA accentue les écarts de performance entre logiciels, semiconducteurs et hardware, remettant en question certains modèles économiques SaaS.
• La réaction des marchés pourrait être excessive, notamment pour les acteurs intégrés et la cybersécurité, malgré des fondamentaux encore solides.
• Les stratégies d’investissement restent sélectives, privilégiant les entreprises capables de bénéficier directement des investissements liés à l’IA.
En ce début d’année, les marchés actions offrent un contraste saisissant au sein du secteur technologique, révélant des trajectoires très divergentes entre sous-segments, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe.
Aux États-Unis, si le S&P 500 progresse de +1,4 % depuis le début d’année (au 11/02), le secteur technologique dans son ensemble recule lui de -1,9 %. Cette moyenne masque toutefois de profondes disparités : les semiconducteurs affichent une hausse de +6,7 %, le hardware (matériel informatique) avance également de +5,4 %, alors que les logiciels subissent une correction marquée avec une baisse de -18,3 %.
La même dynamique se retrouve sur le vieux continent où le sous-secteur des logiciels recule de -18,8 %, contrastant avec la progression globale du secteur technologique, en hausse de +0,4 %.
Cette sous-performance, qui n’est pas nouvelle pour certains acteurs du secteur en raison des tensions commerciales, du lancement de ChatGPT et des taux d’intérêt élevés pesant sur un secteur à duration longue dont les valorisations étaient élevées, s’est accentuée avec le lancement, le 12 janvier 2026, par Anthropic de son nouvel agent IA « Claude Cowork », capable d’automatiser certaines tâches juridiques et commerciales.
La réaction du marché a été sans appel avec la vente indiscriminée de l’ensemble des valeurs du secteur et ce pour une raison et une seule : l’avènement de l’IA fait planer un doute sur l’existence même de certaines sociétés dont les logiciels seront, de manière plus ou moins rapide, obsolètes.
Les marchés ont-ils raison ? Vont-ils trop loin ? Doivent-ils traiter l’ensemble des valeurs de la même façon ? Nous allons tenter d’apporter des éléments de réponse à ces questions.
À cette question, nous serions enclins à répondre oui, au moins partiellement. La rapidité à laquelle les modèles IA s’améliorent est telle qu’il paraît difficile d’imaginer que certaines applications ne seront pas facilement reproductibles et que certaines sociétés ne choisiront pas d’internaliser différentes fonctions plutôt que de recourir à des solutions externes.
Beaucoup d’entreprises SaaS (Software as a service) possèdent des modèles tarifés en fonction du nombre d’utilisateurs ; des modèles vulnérables à l’automatisation. Certaines sociétés commencent d’ailleurs à citer les agents IA comme un risque pour leur modèle économique. Cela a été le cas par exemple de Monday.com après avoir abaissé leurs prévisions de croissance.
De manière générale, le marché fait face à une saturation progressive dans certains segments (CRM, ERP) et à un ralentissement marqué du revenu net de rétention (NRR), au cœur des modèles SaaS.
Ces deux autres questions nous semblent étroitement liées. Nous sommes de l’avis que les marchés vont trop loin, du moins pour une partie des acteurs du secteur. La valeur des sociétés intégrées, dont l’activité ne repose pas exclusivement sur le logiciel, ne devraient probablement pas baisser de manière aussi significative.
De même, les entreprises de cybersécurité ne devraient pas être autant pénalisées. Elles bénéficient au contraire d’une demande structurellement croissante, d’autant plus que le renforcement des capacités d’IA générative s’accompagne d’un transfert accru de risques de sécurité vers ces prestataires spécialisés, ce qui devrait logiquement soutenir leurs perspectives plutôt que peser sur leurs valorisations.
Les graphiques ci-dessous illustrent cette probable surréaction du marché à court terme, alors même que, de manière agrégée, il n’existe à ce jour aucune révision négative des bénéfices pour le secteur.
Le momentum microéconomique reste positif avec des révisions bénéficiaires positives y compris sur les prévisions jusqu’à fin 2026.
Le marché a atteint des niveaux de survente (RSI - Relative Strength Index à 18) rarement observés et qui ont historiquement donné lieu à des rebonds.
Le mouvement de derating a été déjà particulièrement fort. Le ratio cours/bénéfices (P/E¹) du S&P 500 Software, basé sur les chiffres du quatrième trimestre 2025 revient sur les niveaux de la mi-2023.
À son pic, un P/E de 38 était très élevé et traduisait des perspectives de croissance bénéficiaires extrêmement fortes ; à 26 aujourd’hui, le secteur apparaît nettement moins cher, sans pour autant pouvoir être qualifié de « donné ».
Il est aujourd’hui difficile de savoir quelles seront les conséquences exactes de la révolution liée à l’IA sur le secteur technologique au sens large et sur les sociétés de logiciel en particulier. La visibilité sur les cash flows et les bénéfices de certaines sociétés nous semblent encore difficiles à estimer.
En conséquence, nous n’avons pas augmenté nos allocations au secteur des logiciels et ce en dépit des baisses très significatives. En revanche et de manière ciblée, nous avons profité du traitement indifférencié du marché pour renforcer certaines positions parmi les acteurs jugés les plus solides.
Notre principale exposition au secteur du software repose sur Microsoft. La performance récente a été décevante mais nous demeurons positifs quant aux perspectives du Groupe, notamment concernant la réaccélération de son activité Cloud (Azure).
Microsoft présente un bilan solide, une génération de trésorerie positive et, surtout, une visibilité accrue sur la demande sous-jacente grâce à un carnet de commandes en accélération.
Plus largement, dans le secteur technologique, notre allocation s’oriente vers deux grandes catégories de sociétés :
▪ Les acteurs intégrés verticalement, dotés d’une forte génération de cash-flow et capables de relancer leur croissance grâce à leurs investissements ;
▪ Les entreprises qui tirent directement parti de ces investissements et dont la dynamique de croissance s’en trouve renforcée.
Notre principale exposition au secteur du software repose sur SAP. Après une très bonne performance en 2023 et 2024 reflétant le plan de transformation et de transition vers le cloud, des doutes ont émergé sur la soutenabilité de la croissance entraînant une compression des multiples (P/E de 40 à 25x les bénéfices).
Nous avons réduit notre exposition sur le titre en fin d'année dernière et demeurons neutre pour des raisons de fondamentaux toujours solides (levier opérationnel, génération de cash-flow, bilan sain, rachat d'actions).
Le secteur technologique n'est pas le secteur leader en Europe et les logiciels représentent un poids limité (3,45 %) dans le benchmark du fonds, i.e : EuroStoxx®.
Les grands leaders de la technologie comptent pour 25 % du fonds auxquels il convient d’ajouter Amazon et Booking au sein de la consommation discrétionnaire.
En ce début d’année au sein des semiconducteurs, nous avons acquis Samsung qui bénéfice d’un fort pricing power du fait d’une pénurie de capacités dans les mémoires ainsi que le fournisseur des équipement Applied Materials.
Notre exposition au secteur des logiciels s’élève à 6,9 % autour d’acteurs très solides comme Microsoft et Salesforce tandis que nous identifions déjà de nouvelles opportunités au sein de la catégorie.
L’exposition aux semiconducteurs dont le pricing power agit positivement sur la croissance des résultats est renforcée. Nous profitons de notre exposition aux grands acteurs de la banque ou des réseaux de paiement qui profiteront des gains de productivité permis par l’IA.
Dans le contexte de volatilité, nous adoptons une stratégie « barbell » entre semiconducteur et software sur le secteur technologique.
Nous continuons d’être investis sur l’amont de la chaîne de valeur de l’IA au travers de notre exposition significative aux semi-conducteurs : ce maillon bénéficie des CAPEX en croissance.
Concernant le secteur des logiciels, le narratif de disruption total du segment, impactant la performance du fonds, nous semble excessif. Nous estimons que la période actuelle permet de préparer la performance future en profitant des excès du marché pour renforcer des titres dont les fondamentaux sont préservés.
Au-delà de la thématique technologique, le fonds investit sur les dynamiques d’innovation au sein de l’ensemble des segments de l’économie.
¹ Price-to-earnings ratio, ratio cours/bénéfices.