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Alors que les indices affichent un calme trompeur, le marché du High Yield européen révèle, sous la surface lisse des spreads, des tensions croissantes et une dispersion accrue des.
Alors que les indices affichent un calme trompeur, le marché du High Yield européen révèle, sous la surface lisse des spreads, des tensions croissantes et une dispersion accrue des risques. Une lecture en profondeur s’impose pour distinguer volatilité stérile et véritables opportunités d’alpha.
Le point hebdo d'Amplegest daté du 27 février 2026, par Mathieu Cron, gérant obligataire
Les indices High Yield masquent une nervosité croissante, visible dans la décompression entre segments B et BB et la dispersion accrue des spreads.
Les narratifs liés à l’Intelligence artificielle amplifient les mouvements de marché, parfois au mépris des fondamentaux propres aux émetteurs.
La volatilité actuelle, si elle est maîtrisée, constitue un terrain propice à la génération d’alpha par une analyse idiosyncrasique rigoureuse.
Quel que soit l’angle envisagé, quel que soit le belvédère choisi pour observer de façon englobante, le crédit européen, et plus particulièrement son segment structurellement le plus risqué, le constat semble sans appel : le High Yield continue, tant en cash, qu’en dérivés, sa course, en ligne avec celle qui fut la sienne pendant l’essentiel de 2025 (i.e. sauf dans l’immédiat du Liberation Day douanier de l’Administration américaine). Imperturbablement. Au mépris des multiples « bruits » qui viennent pourtant toujours plus nombreux et variés, parasiter la course des marchés financiers et la lecture que peuvent en avoir les investisseurs.
Sauf qu’au même titre que l’observation à très haute altitude d’un paysage donné tend à en gommer les failles et accidents pour en embellir la réalité, une telle vision est éminemment trompeuse. Pour le poser plus crûment encore : les indices, quels qu’ils soient, vous mentent – à tout le moins par omission.
A y regarder de plus près, au moins dans sa partie cash, le High Yield est en effet loin de se conformer à l’image de « suppresseur des bruits » qui traversent et brouillent régulièrement les marchés à laquelle bien des analystes ont cru bon de l’associer. Pour reprendre l’expression d’un économiste de Barclays, il présente au contraire, à bien des égards, quelques symptômes de « surcharge sensorielle », de nervosité accrue, potentiellement extrême liée à une surstimulation sensorielle, à une surexposition aux décibels générés par quelques narratifs particuliers. De ces symptômes dont témoignent tour à tour le mouvement de décompression observé entre B et BB, et la dispersion accrue des spreads au sein de l’univers.
Deux symptômes et autant de mouvements qui reflètent tout à la fois :
l’inconstance de publications macro-économiques de plus en plus entachées dans leur crédibilité (dans un momentum de résilience globalement confirmée des entreprises) ;
la volatilité de narratifs (structurants) pollués par une logorrhée politico-médiatique aussi inintelligible que profondément indigeste ;
enfin et surtout, le fait que les investisseurs ne sont que trop peu souvent susceptible de trouver du (ré)confort dans les valorisations de marché.
Deux symptômes qui recouvrent des réalités diverses (jusque dans leur temporalité) et parfois concurrentes… Même si cette variété (de fait) a été largement effacée, autant par l’ampleur, que par la binarité des questionnements suscités par les avancées récentes de l’Intelligence artificielle (en particulier par celles de la famille de grands modèles de langage développée par Anthropic) - des questionnements largement alimentés au cours des derniers jours par deux (très influentes) contributions : l’une de Citrini Research, intitulée « The 2028 Global Intelligence Crisis » ; l’autre de Citadel Securities : « The 2026 Global Intelligence Crisis ».
Pour être plus précis, parmi les pavés dissimulés sous le sable immaculé de primes de risques toujours près de leurs minima, on retrouvera quelques Usual Suspects, high beta bien connus du marché, ou quelques secteurs dont les tendances structurelles (équipementiers automobiles) ou l’ampleur des (bas) de cycle auxquels ils font face (chimistes) continuent d’occuper les nuits blanches de nombre d’investisseurs.
Un ensemble d’émetteurs récemment rejoints dans leur relative infortune, comme évoqué plus haut, par une constellation d’émetteurs balayés, au mépris de leurs singularités, par les différentes vagues de stress suscitées par les circonvolutions des narratifs relatifs aux potentiels impacts micro et macroéconomiques de l’Intelligence artificielle, soit :
En raison de leur appartenance plus ou moins immédiate aux potentielles victimes des avancées de l’Intelligence artificielle, dans le sillage des acteurs du « cloud computing » (happés dans le tourbillon de ce que certains se sont plu à nommer la « Saaspocalypse »)
Plus indirectement, en réaction aux remous suscités outre-Atlantique par cette vague dans les rangs des très improprement nommés Business Development Companies (i.e. des véhicules d’investissement en dette privée destinés à la clientèle des particuliers) sur lesquels nous devrions revenir dans la prochaine édition de cet Hebdo Crédit (centré sur les risques de contagion de ce stress particulier). Des remous dont on se contentera de relever pour l’heure, qu’ils n’ont éclaboussé à ce stade que les structures de LBO les plus agressives.
Les indices mentent. Le constat est donc sans appel. Et l’on ne peut que s’en réjouir. Parce que comme nous avons déjà pu souvent le rappeler dans les pages de ces Hebdo Crédit, la volatilité, si elle peut être frustrante, n’en emporte pas moins avec elle la possibilité de générer de l’alpha, de la (sur-)performance. A condition de ne pas se laisser emporter par ses accès et ses excès, de ne pas confondre agilité, vitesse et précipitation. Mais plutôt d’en profiter pour remettre toujours à nouveau l’ouvrage sur le métier, revisiter et nourrir constamment les scénarios qui sous-tendent les différentes positions des portefeuilles, les passer au crible des interrogations qui secouent et ne manqueront pas de secouer encore les différents pans des marchés.
Et c’est bien ainsi que nous avons entrepris d’articuler notre démarche de gestion des portefeuilles de la gamme OCTO. Des portefeuilles qui à l’exception de OCTO Crédit Court terme (pour lequel l’exposition à ce secteur est extrêmement limitée) présentent à ce stade une exposition comprise entre 2.1% (OCTO Crédit Value) et 2.9% (OCTO Rendement 2028) au secteur des services informatiques (soit une exposition en ligne avec le poids de ce segment dans l’ensemble des indices High Yield Euro(péen)s. Main dans la main avec Abdoullah Sardi, gérant du Fonds « Tech » Amplegest Digital Leaders, nous avons entrepris le réexamen des perspectives (et risques qu’elles emportent) de chacun de ces quelques acteurs de niche (étant entendu qu’à ce stade aucun d’entre eux ne présente de situation bilantielle ou de liquidité problématique) tout en travaillant sur différents arbitrages (de ces émetteurs ou plus largement au sein de nos expositions High Yield) afin d’optimiser autant le rendement embarqué, que le potentiel de performance à court terme de nos différents fonds.
En gardant à l’esprit : d’une part que les marchés, et ce segment en particulier, vont continuer à être volatils au cours des prochains mois (pour une variété de motifs qui ne resteront pas circonscrits aux seules interrogations relatives aux impacts de l’Intelligence artificielle) ; d’autre part qu’il n’existe à ce stade, sur nos marchés, aucun émetteur AI-native ; et enfin et surtout, que c’est bien dans l’étude approfondie des trajectoires idiosyncrasiques des émetteurs que réside le sel le plus savoureux de notre métier.